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Turquie : référendum constitutionnel, révélation des sondages

A moins d’un mois du référendum sur le passage au système présidentiel en Turquie, plusieurs instituts de sondage affirment que le « oui » sera en-tête.

Le 16 avril, les électeurs devront se prononcer sur la réforme constitutionnelle. Depuis quelques mois, les instituts de sondage multiplient les enquêtes publiant des résultats, parfois contradictoires.

D’après les chiffres publiés par le Haut Conseil des Elections (YSK), le nombre d’inscrits sur les listes électorales s’établissait à 58 222 937 au 1 février 2017 date à laquelle les listes ont été clôturé.

Lors des dernières législatives, ce chiffre était de 56.949.009 dont 2.899.069 en dehors de la Turquie et le taux de participation s’élevait à 85%.

Les sondages donnant le « OUI » gagnant

Une des sociétés les plus attendues par les analystes d’opinion publique a été l’institut A&G. En effet, cette société a été la seule à fournir des résultats d’enquête proches de la réalité lors des législatives de novembre 2015.

Ainsi, dans son enquête du 25-27 février 2017 réalisée dans les 7 régions et 42 villes sur 3027 personnes dont 1511 femmes, A&G estime que le « oui » va triompher avec 54%.

Par ailleurs, selon la dernière enquête de la société ORC, 57.2% des citoyens valideraient la nouvelle constitution. L’ORC a réalisé ce sondage entre les 1-7 mars dans 36 villes et 3140 personnes. Pour cette même société, 59.2% des sondés pensent que le « Oui » va l’emporter.

De son côté, GENAR, un autre institut de sondage, se rapproche des résultats de A&G, estimant à 55% le taux d’électeurs favorables au changement. Le sondage réalisé par ce bureau entre les 28 et 30 janvier auprès de 3900 personnes estime que 96% des électeurs de l’AKP vont se prononcer en faveur du « oui » tandis que seulement 46% des électeurs de MHP, l’autre parti soutenant le « Oui » va en faire de même. Par ailleurs, malgré la campagne de leurs partis, 10 % des électeurs du CHP et 4.5% du HDP approuveraient quand même la réforme.

L’autre société qui estime que la réforme sera approuvée est la société Konsensus. Dans une enquête réalisée entre le 24 et le 29 janvier 2017 sur 1499 personnes par téléphone, elle donne favoris le « oui » à 52%. Par ailleurs, Konsensus note que 59% des sondés diront « non » si Recep Tayyip Erdogan annonçait qu’il ne sera pas candidat.

Konsensus dit également que 29% des personnes qui se prononcent pour le « oui » vont le faire car « elles estiment bénéfiques pour la Turquie », 27% pour sympathie envers le président Erdogan, 13% pour la stabilité politique, 11% par soutien au système présidentiel et 8% par approbation du gouvernement actuel.

Pour cette même société, 31% des électeurs s’opposent au changement car « ils ne souhaitent pas un régime qui donne tous les pouvoirs à un seul homme », 16% ne veulent pas d’un régime présidentiel, 10% estime que cette constitution n’est pas démocratique, 8% pense que ce n’est pas la priorité et 6% sont favorables uniquement au système parlementaire.

Dans son sondage réalisé du 26 janvier au 1er février 2017, la société MAK crédite le « Oui » à 59.77%. Réalisé dans 30 grandes villes, 23 villes et 154 districts, l’institut a aussi demandé pour qui les sondés allaient voter lors des prochaines élections législatives. Ainsi 51.66% déclarent vouloir voter l’AKP alors que le CHP garderait son score habituel de 25.5%.

Le MHP augmenterait d’environ 1% pour se situer aux alentours de 12.77% alors que le grand perdant serait le HDP qui chuterait en dessous du barrage de 10% obligatoire pour obtenir des sièges à l’Assemblée. Ainsi le score estimé à 7.77% exclurait le HDP du parlement.

D’autre part, les instituts, Optimar et AndyAr estiment, eux aussi, que le « oui » serait approuvé par les électeurs.

Les Instituts qui donnent le « Non » gagnant

Même si la plupart des instituts de sondages estiment que la réforme sera approuvée, d’autres instituts tablent sur un rejet.

C’est notamment, le cas de l’institut de Sondage Gezici qui estime dans un sondage, rendu public en février, le « Non » allait être plébiscité à 58.2%.

Pourtant, elle vient de partager ses dernières analyses avec la presse sans pour autant donner des précisions sur les détails de l’enquête. Dans cette nouvelle publication, Gezici baisse son estimation à 51.1% le rejet de la réforme. Dans son déclaration de presse, Gezici prétend que 15 à 20% des électeurs qui sont plutôt contre la réforme ne vont pas se déplacer aux urnes.

La société conseille aux partis qui défendent le « non » de viser surtout les abstentionnistes. Ainsi pour Gezici, si 5% de plus se déplacent aux urnes, le taux en faveur du « non » pourra augmenter à 53%.

Pour sa part, la société AKAM estime que le « non » va remporter avec une large majorité. Ainsi, elle pense savoir que 56.4% des citoyens vont rejeter la réforme. Pour cette société 14% des électeurs de l’AKP vont également voter contre le projet.

Enfin, la société Metropoll pense que le taux de participation va se stabiliser autour de 83%. Dans son sondage réalisé au mois de février, la société estime que ce taux de participation donne autant de chance aux deux camps. Pour cette même société, 46% des jeunes ne se déplacement pas aux urnes. Or, la société prétend que les jeunes rejettent massivement la réforme et que s’ils votaient, le « oui » serait largement devancé.

Pour Abulkadir Selvi, le vent tourne en faveur du « oui »

Le journaliste proche de l’AKP et qui tient une chronique dans le journal Hurriyet estime pour sa part que le vent a tourné en faveur du « oui ».

Le journaliste estime que le camp du « non » est parti en campagne très tôt et désormais, il n’a pas plus d’arguments supplémentaires tandis que le camp du « oui » commence sa campagne avec la descente sur le terrain du Président Recep Tayyip Erdogan.

Selvi note, par ailleurs,que les sorties hasardeuses du leader de l’opposition ont poussé quelques indécis à soutenir le changement. En effet, dans une émission de radio, Kilicdaroglu avait vivement critiqué le projet de lois en disant que « cela va engendrer des crises politiques énormes en Turquie quand le président sera d’un bord et le premier ministre d’un autre. » Or, non seulement ce cas n’est possible que dans le système actuel et de plus le poste de premier ministre est supprimé dans le nouveau.

Enfin pour Selvi, la crise avec certains pays de l’UE va inévitablement servir les partisans de « oui » car l’opinion publique « sent une montée turcophobe » en Europe.

Le vote des Turcs de l’étranger peut être décisif

Les turcs de l’étranger représentent environ 3 millions d’électeurs. Or, les conditions de vote, notamment l’éloignement des bureaux de vote, situés parfois à des centaines de kilomètres, n’encouragent pas la participation. Ainsi aux dernières législatives, ils étaient 44% à glisser un bulletin dans les urnes.

Or tous les partis en campagne savent que plus d’un million de votes pourraient, considérablement, peser dans la balance. C’est dans cette optique que des ministres dans le camp du « oui » et des poids lourds dans le camp du « non » font des meetings en Europe avant que la crise n’y mette fin.

Dans les pays comme la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas ou l’Autriche encore, l’AKP dépasse les 50% tandis que le HDP domine en Suisse ou en Grande Bretagne.

Source : AA

FKA